Je suis le bienheureux

Celui qui ne se réchauffe même plus des lambeaux de son cœur.

Je ne vis plus qu’un seul instant.

La mémoire de l’avenir n’étant plus mon combat,

Je suis le résident soudain silencieux

De mes douleurs autrefois si hautaines.

Je ne résiste plus.

Suis-je vivant, suis-je mort ?

N’étant plus une question,

Je n’observe plus sur les murs

Les tags frelatés d’une jeunesse non existentielle

Ni ses affiches publicitaires.

Ce qui était prévisible

Adviendra.

Les seins d’Adriana

Me laissent froid

Et le ballon rond

Et la petite reine

N’allument plus chez moi

Ni la haine ni la rengaine.

Les musées les séries télévisées

Les infomentables de chez Disney

Les pirates sur des caribous

Tout cela ne me regarde paf.

Je suis le bienheureux

L’enfant conditionné pour le silence.

Les métastases de la polémique

Tout ce qui m’agaçait

Comme l’orthodontie, la psychanalyse et le fric,

Parfois même quelques fées,

Tout cela ne me concerne pas.

Je ne m’aime pas

Non, je nous déteste.

Mais telle guerre oubliée,

Tels frères sanguinaires

Rue de la peste.

Je suis le bienheureux.

Celui qui, ne courant pas après la vie,

Brûle après la mort.

 

 

 

Roman Kendar, tant qu’une étincelle est encore possible le bûcher entretient sa promesse.
Le 26.09.2008